<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"><channel><title>Ici, c&apos;est chez moi</title><link>http://insula.canalblog.com/</link><description>J&apos;habite ici depuis plus de 10 ans, j&apos;ai eu l&apos;occasion de croiser pas mal de monde</description><language>fr</language><lastBuildDate>Mon, 09 Nov 2009 17:24:22 GMT</lastBuildDate><generator>CanalBlog - http://www.canalblog.com</generator><item><title>Tag</title><dc:creator>Gilles Aitte</dc:creator><link>http://insula.canalblog.com/archives/2008/02/17/7978857.html</link><comments>http://insula.canalblog.com/archives/2008/02/17/7978857.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://insula.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/7978857/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://insula.canalblog.com/archives/2008/02/17/7978857.html</guid><description>&lt;p&gt;R&#xe8;gle du jeu :&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mettre le lien de la personne qui vous a tagu&#xe9;.&lt;br /&gt;Mettre le r&#xe8;glement sur votre blog.&lt;br /&gt;Mentionner 6 choses/habitudes/tics important sur vous-m&#xea;me.&lt;br /&gt;Taguer 6 personnes &#xe0; la fin de votre billet en mettant le lien de leur blog.&lt;br /&gt;Avertir imm&#xe9;diatement sur leurs blog les personnes tagu&#xe9;es.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;http://lespenseesdemanu.hautetfort.com/&lt;/p&gt;&lt;p&gt;J&apos;accumule des quantit&#xe9;s incroyables de trucs (disques, BD, bouquins, jouets, objets divers en relation avec la BD, jeux…) qui font que je vais devoir d&#xe9;m&#xe9;nager et quitter cet immeuble dont je parle ici&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ca m&apos;amuse toujours autant quand je marche sur un dallage de chercher &#xe0; ne pas marcher sur les joints, &#xe0; marcher sur une dalle sur deux ou autres conneries du m&#xea;me genre&lt;/p&gt;&lt;p&gt;J&apos;aime bien me moquer des faux jeunes qui partent se coucher quand je continue &#xe0; passer des nuits en vadrouille&lt;/p&gt;&lt;p&gt;J&apos;ai chang&#xe9; de boulot &#xe0; peu pr&#xe8;s tous les 3 ans, sans aucun plan de carri&#xe8;re, au fil de l&apos;inspiration et malgr&#xe9; tout on peut r&#xe9;ussir &#xe0; trouver une certaine logique dans tout &#xe7;a. A posteriori…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je suis pas nostalgique et je regrette rien, avant c&apos;&#xe9;tait magique, aujourd&apos;hui c&apos;est moins bien (bon, d&apos;accord, c&apos;est pas de moi, mais &#xe7;a m&apos;amuse)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;j&apos;adore ne pas respecter les r&#xe8;gles et comme j&apos;aime pas trop imposer de contraintes aux autres, je vais transgresser la r&#xe8;gle 4 de ce jeu (pas la 5 par contre…)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sun, 17 Feb 2008 18:11:00 GMT</pubDate></item><item><title>L&apos;Ordure</title><dc:creator>Gilles Aitte</dc:creator><link>http://insula.canalblog.com/archives/2007/12/11/7194428.html</link><comments>http://insula.canalblog.com/archives/2007/12/11/7194428.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://insula.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/7194428/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://insula.canalblog.com/archives/2007/12/11/7194428.html</guid><description>&lt;p&gt;C’&#xe9;tait le genre de voisins plut&#xf4;t discrets. Ils avaient bien d&#xfb; faire quelques travaux en arrivant, mais rien d’insupportable, rien de particuli&#xe8;rement sonore en soir&#xe9;e. Ils occupaient le studio qui jouxte notre appartement, un studio que nous connaissions pour y avoir pass&#xe9; une soir&#xe9;e avec le Lyonnais avant son d&#xe9;part. Pour un studio, c’&#xe9;tait plut&#xf4;t un grand studio avec une vraie cuisine ind&#xe9;pendante, une salle de bain assez grande et une petite entr&#xe9;e avec placard, mais &#xe7;a restait un studio dans lequel ils vivaient avec leur enfant en bas &#xe2;ge. Trois dans une pi&#xe8;ce, pour mener une vie &#xe9;quilibr&#xe9;e, il y a quand m&#xea;me mieux…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pourtant, c’&#xe9;tait plut&#xf4;t calme. Le gamin pleurait, mais quel gamin ne pleure pas en bas &#xe2;ge ? On se croisait, bonjour, bonsoir, rien de plus. La femme &#xe9;tait jeune, semblait imide, le regard triste ou inexpressif, c’&#xe9;tait difficile &#xe0; &#xe9;valuer ; l’homme paraissait un peu plus &#xe2;g&#xe9;, pas plus expansif. Des voisins presque id&#xe9;aux par leur discr&#xe9;tion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un soir, il n’&#xe9;tait pas tr&#xe8;s tard, notre qui&#xe9;tude fut troubl&#xe9;e par des cris, des coups ass&#xe9;n&#xe9;s contre la porte. Des insultes fusaient, lanc&#xe9;es par une voix de femme. Presque simultan&#xe9;ment, mon voisin d’en face d’alors, Technocentre, et moi-m&#xea;me nous sommes retrouv&#xe9;s dans le couloir, pr&#xea;ts &#xe0; porter secours &#xe0; la femme en d&#xe9;tresse. Et l&#xe0;, nous d&#xe9;couvr&#xee;mes une jeune femme, une inconnue qui cherchait &#xe0; d&#xe9;foncer la porte du voisin. Elle l’insultait, pleurait, tapait, proche de l’hyst&#xe9;rie. En nous voyant, elle a commenc&#xe9; &#xe0; nous prendre &#xe0; t&#xe9;moin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;— Cet encul&#xe9;, il me m&#xe8;ne en bateau depuis des semaines !&lt;/p&gt;&lt;p&gt;— Calmez-vous…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;— Il me baratine, il m’a fait croire qu’il &#xe9;tait amoureux, je l’ai suivi et il est avec une autre, avec un enfant ! Putain, je l’aimais moi, je lui ai pass&#xe9; du fric, je suis trop conne !&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous avons essay&#xe9; de la calmer, de la raisonner un peu. Elle nous a expliqu&#xe9; qu’il l’avait dragu&#xe9;e &#xe0; la gare de Lyon, qu’elle avait trouv&#xe9; bizarre qu’il ne soit pas disponible autant qu’il le voulait, qu’elle le souhaitait. Pendant ce temps, elle continuait de temps en temps &#xe0; frapper sur la porte, &#xe0; gueuler. La femme de l’Ordure de l’autre c&#xf4;t&#xe9; pleurait et demandait &#xe0; celle qu’elle qualifiait de pute de partir. L’Ordure ne disait rien. On expliquait &#xe0; la jeune femme que ce qu’elle faisait ne servait &#xe0; rien, que visiblement ce mec n’en valait pas la peine. Elle semblait convaincue, mais avait besoin de se d&#xe9;fouler. Apr&#xe8;s quelques flop&#xe9;s d’injures et de coups, elle est repartie, laissant le couple et l’enfant en larme dans le petit studio.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;R&#xe9;trospectivement, je n’&#xe9;tais pas surpris de ce qui c’&#xe9;tait pass&#xe9;. On les voyait peu ensemble, on ne le voyait jamais avec son fils. Bien s&#xfb;r, on ne voyait pas tout, mais elle avait le profil de la femme soumise &#xe0; son homme, qui s’occupe de ce qui est mat&#xe9;riel &#xe0; la maison et attend qu’il rentre, m&#xea;me s’il ne rentre pas. Son regard &#xe9;tait d&#xe9;finitivement triste, pas inexpressif…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le couple n’a pas d&#xe9;m&#xe9;nag&#xe9; tout de suite. Ils n’&#xe9;taient pas causants &#xe0; la base, ils rasaient les murs apr&#xe8;s coup. Elle avait &#xe9;t&#xe9; humili&#xe9;e devant nous, elle d&#xe9;couvrait, ou ne pouvait plus faire semblant d’ignorer, qu’elle vivait avec quelqu’un qui la trompait. Chaque jour ou presque on la croisait et elle devait faire avec nos regards emplis de piti&#xe9;. Inspirer la piti&#xe9; est terrible. Elle ne cherchait pas &#xe0; parler avec nous, mais que pouvait-elle dire ? Chercher &#xe0; expliquer, &#xe0; raconter apr&#xe8;s cet &#xe9;pisode aurait sans doute &#xe9;t&#xe9; pire. Et pour nous, que pouvions-nous dire ? On est avec vous qui restez avec cette Ordure ? &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ils ont d&#xe9;m&#xe9;nag&#xe9;. Ensemble. Ils se sont install&#xe9;s une rue plus loin, dans un appartement qui n’&#xe9;tait, je crois, pas beaucoup plus grand. Je la croisais de temps en temps, seule avec son enfant. J’ai crois&#xe9; son mec qui rentrait chez eux. Tous deux baissaient les yeux quand on se croisait. A elle, je lan&#xe7;ais un petit sourire qu’elle captait peut-&#xea;tre du coin de l’œil. Un jour, je ne les ai plus crois&#xe9;s, une autre femme est-elle venue d&#xe9;foncer leur porte ? Je ne le sais pas.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Mon, 10 Dec 2007 23:08:23 GMT</pubDate></item><item><title>Le Fant&#xf4;me</title><dc:creator>Gilles Aitte</dc:creator><link>http://insula.canalblog.com/archives/2007/12/05/7137801.html</link><comments>http://insula.canalblog.com/archives/2007/12/05/7137801.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://insula.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/7137801/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://insula.canalblog.com/archives/2007/12/05/7137801.html</guid><description>&lt;p&gt;Je n’ai pas vu tout de suite qu’il &#xe9;tait l&#xe0;. Ce qui aurait pu &#xea;tre une marque de s&#xe9;rieux professionnel. Je ne sais pas au bout de combien de temps je me suis rendu compte de sa pr&#xe9;sence, mais c’&#xe9;tait en revenant du march&#xe9;, en passant devant le parking, mon regard avait &#xe9;t&#xe9; attir&#xe9; par cette plaque &#xe0; l’emplacement de son v&#xe9;hicule : &#xab; d&#xe9;tective priv&#xe9;. &#xbb; J’avais un d&#xe9;tective priv&#xe9; dans mon immeuble et je ne le savais pas. Aucune plaque sur le devant de l’immeuble, juste cette simple plaque sur le parking. Un Philip Marlowe, ou un Jack Palmer, mais un priv&#xe9;, dans mon immeuble, je trouvais que &#xe7;a avait de la gueule !&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un priv&#xe9; dans l’immeuble, et c’&#xe9;tait un peu comme si je vivais au cœur d’un classique de la S&#xe9;rie Noire, comme si j’allais croiser un jour Bogart en sortant de l’ascenseur. J’imaginais &#xe0; un &#xe9;tage non identifi&#xe9; un type — je ne pouvais vraiment pas imaginer une femme, les clich&#xe9;s ont la vie longue — attendant &#xe0; son bureau, s&#xe9;par&#xe9; de la salle d’attente par une porte en partie vitr&#xe9;, en buvant du scotch ; j’imaginais la femme fatale qui allait rentrer et les coups de feu qui retentiraient dans le b&#xe2;timent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pourtant, il n’y avait aucun signe de la pr&#xe9;sence de ce priv&#xe9; en dehors de cette plaque sur le parking. Sans avoir v&#xe9;rifi&#xe9; &#xe0; chaque porte, aucune plaque d’activit&#xe9; parmi les nombreuses d&#xe9;di&#xe9;es aux m&#xe9;decins ne renseignait sur son existence, pas de plaque discr&#xe8;te &#xe0; la porte d’un appartement. Rien qu’une plaque sur un parking. Je pouvais comprendre que l’individu recherche une certaine discr&#xe9;tion, il vaut mieux parfois ne pas se faire remarquer dans ce job, mais &#xe0; ce point, c’&#xe9;tait troublant. Pourquoi ne le signaler qu’&#xe0; cet endroit ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je ne vais pas dire que je me suis mis &#xe0; surveiller cette place de parking pour voir &#xe0; qui appartenait cette plaque, mais quand je passais devant, quand j’&#xe9;tais sur mon balcon, je ne manquais pas de regarder. Quand je croisais quelqu’un dans l’immeuble, je me demandais si ce n’&#xe9;tait pas mon priv&#xe9;. La voiture changeait, n’&#xe9;tait jamais la m&#xea;me, mais personne ne semblait se plaindre qu’on lui occupait SA place. A quoi bon mettre une plaque pour signaler que la place est r&#xe9;serv&#xe9;e si c’est pour que n’importe qui s’y stationne ? &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce n’&#xe9;tait pas une obsession non plus, mais j’avais envie de savoir. Je guettais quand la Gardienne changeait les affichages dans le hall &#xe0; l’occasion de l’arriv&#xe9;e ou du d&#xe9;part d’un professionnel. Mais il n’y avait rien qui venait. Je prenais en quelque sorte la fonction de celui que je voulais d&#xe9;couvrir, &#xe0; une &#xe9;chelle microscopique, mon champ d’investigation ne d&#xe9;bordant pas de mon immeuble, mes enqu&#xea;tes ne me conduisant &#xe0; interroger personne d’autre que moi-m&#xea;me.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quand le ravalement de fa&#xe7;ade a &#xe9;t&#xe9; r&#xe9;alis&#xe9;, je me suis dit que cette plaque sur le parking allait dispara&#xee;tre, qu’&#xe0; l’&#xe9;vidence il n’y avait pas plus de d&#xe9;tective sous mon toit que d’humanit&#xe9; dans le regard de Poutine. Mais un matin, alors que les ouvriers repliaient leurs &#xe9;chafaudages, je constatai que la plaque &#xe9;tait revenue. Et le ballet des voitures toutes diff&#xe9;rentes a repris. Le priv&#xe9; &#xe9;tait toujours l&#xe0;…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Depuis, la plaque a disparu, le priv&#xe9; qui n’a jamais &#xe9;t&#xe9; l&#xe0; a disparu. Pas d’autre changement que cette disparition pour se dire que le d&#xe9;tective est parti. On aurait pu laisser cette plaque par habitude, pas de priv&#xe9;, mais une plaque qui tra&#xee;ne en t&#xe9;moignage d’un temps o&#xf9; il y en eu un. Mais de l’&#xf4;ter, n’est-ce pas le signe qu’il &#xe9;tait bien pr&#xe9;sent ? Invisible, mais pr&#xe9;sent…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 05 Dec 2007 22:29:09 GMT</pubDate></item><item><title>La Vieille du Quatri&#xe8;me</title><dc:creator>Gilles Aitte</dc:creator><link>http://insula.canalblog.com/archives/2007/11/29/7067836.html</link><comments>http://insula.canalblog.com/archives/2007/11/29/7067836.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://insula.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/7067836/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://insula.canalblog.com/archives/2007/11/29/7067836.html</guid><description>&lt;p&gt;La Vieille du Quatri&#xe8;me fait partie des personnes autour desquelles l’immeuble semble avoir &#xe9;t&#xe9; construit. Depuis que nous sommes l&#xe0;, elle ne para&#xee;t pas avoir chang&#xe9;, pas pris une ride, elle les avait d&#xe9;j&#xe0;, pas blanchi, elle l’&#xe9;tait d&#xe9;j&#xe0;, pas chang&#xe9; de tenue… On se croise dans l’ascenseur, elle va rendre visite &#xe0; ses copines qui disparaissent petit &#xe0; petit, dans le hall quand elle revient d’avoir fait ses courses, dans la rue parfois, de retour du march&#xe9; — o&#xf9; elle se rend bien avant nous. Elle ne change pas, mais j’ai quand m&#xea;me l’impression de moins la croiser dans les rues et de plus en plus dans le hall et l’ascenseur…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On discute souvent quand on se croise. Physiquement, elle est tr&#xe8;s s&#xe8;che, mais elle l’est beaucoup moins quand elle s’exprime, m&#xea;me si parfois ses propos retrouvent un peu de la raideur de sa silhouette. Elle arrive g&#xe9;n&#xe9;ralement tout sourire pour commencer &#xe0; parler du temps qu’il fait ou des enfants qui grandissent. Et puis, elle va &#xe9;voquer l’immeuble qui se d&#xe9;grade, la Gardienne qui ne fait pas son travail, le Gardien Picard qui est trop absent, telle voisine qui fait du bruit, tel voisin qui ne lui r&#xe9;pond jamais…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avec ses copines, elle n’est pas toujours plus aimable quand elle parle d’elle. Une fois, dans l’ascenseur, il y avait Dents Tranchantes, qui est il est vrai particuli&#xe8;rement p&#xe9;nible. Elle discutait avec elle et quand cette derni&#xe8;re est sortie, elle m’a dit :&lt;/p&gt;&lt;p&gt;— Elle est vraiment chiante &#xe0; toujours se plaindre, je n’arrive plus &#xe0; la supporter ! &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Elle venait de discuter comme si de rien, l’avait quitt&#xe9;e avec un sourire et &#xe0; peine Dents Tranchantes avait-elle tourn&#xe9; le dos qu’elle d&#xe9;blat&#xe9;rait sur son cas. C’&#xe9;tait assez d&#xe9;sagr&#xe9;able, mais au fond je pensais comme elle et restais un peu &#xe0; discuter, le doigt sur le bouton permettant de maintenir ouverte la porte de l’ascenseur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est un classique avec la Vieille du Quatri&#xe8;me, je parle souvent dans l’ascenseur et lorsque l’on arrive &#xe0; son &#xe9;tage, on poursuit notre &#xe9;change, elle sur le pallier, moi dans l’ascenseur en le bloquant. En fait, j’aime bien parler avec elle, m&#xea;me si parfois elle est un peu m&#xe9;chante, m&#xea;me si parfois je me demande ce qu’elle peut raconter derri&#xe8;re mon dos. Elle a tendance &#xe0; &#xea;tre tout miel devant et &#xe0; r&#xe2;ler par derri&#xe8;re, je ne vois pas pourquoi je serais &#xe9;pargn&#xe9; par ses humeurs. Je crois que j’aime bien parler avec elle parce que malgr&#xe9; tout &#xe7;a, elle cl&#xf4;t souvent l’&#xe9;change en laissant entendre que tout &#xe7;a a peu d’importance, que c’est juste histoire de dire quelque chose et que r&#xe2;ler fait partie de ce qu’on aime bien faire. Une Vieille qui ne r&#xe2;lerait pas, serait-ce vraiment une vieille apr&#xe8;s tout ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’autre jour, je prenais l’ascenseur pour descendre au rez-de-chauss&#xe9;e. Lorsque la porte s’est ouverte, la Vieille du Quatri&#xe8;me &#xe9;tait l&#xe0;. C’&#xe9;tait inhabituel puisque j’habite plus haut, g&#xe9;n&#xe9;ralement on voyage ensemble &#xe0; la mont&#xe9;e, pas &#xe0; la descente. Comme &#xe0; chaque fois que nos rep&#xe8;res sont perturb&#xe9;s, j’ai regard&#xe9; pour v&#xe9;rifier que j’&#xe9;tais bien au bon &#xe9;tage, alors que je sortais de chez moi. Devant mon air surpris, elle m’a expliqu&#xe9; qu’elle revenait de chez la Vieille du Huiti&#xe8;me. Presque en s’excusant, elle m’a fait comprendre qu’elle n’y allait pas forc&#xe9;ment parce que &#xe7;a lui plaisait tant que &#xe7;a. Et en partant, sur le pallier, elle m’a lanc&#xe9; :&lt;/p&gt;&lt;p&gt;— Vous savez, ce n’est pas dr&#xf4;le de vieillir toute seule…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je n’ai pas vraiment su quoi r&#xe9;pondre, mais j’ai su que je continuerais &#xe0; bloquer l’ascenseur pour parler avec elle, tant qu’elle prendra cet ascenseur, m&#xea;me si parfois elle est un peu langue de vip&#xe8;re, m&#xea;me si elle parle derri&#xe8;re mon dos.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Thu, 29 Nov 2007 22:52:08 GMT</pubDate></item><item><title>L&apos;Eternel Revenu</title><dc:creator>Gilles Aitte</dc:creator><link>http://insula.canalblog.com/archives/2007/11/26/7033339.html</link><comments>http://insula.canalblog.com/archives/2007/11/26/7033339.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://insula.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/7033339/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://insula.canalblog.com/archives/2007/11/26/7033339.html</guid><description>&lt;p&gt;Je ne me souviens pas exactement de quand il est arriv&#xe9; dans l’immeuble. Pour la premi&#xe8;re fois. Sa silhouette est en tout cas vite devenue famili&#xe8;re, avec sa couronne de cheveux d&#xe9;limitant un cr&#xe2;ne passablement d&#xe9;garni, sa barbe, son dos vo&#xfb;t&#xe9; et sa petite taille, il avait tout d’un nain de blanche-neige, du huiti&#xe8;me nain. Il habitait au rez-de-chauss&#xe9;e, un de ces tout petits studios qui jouxtent l’ascenseur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je n’avais pas pr&#xea;t&#xe9; particuli&#xe8;rement attention &#xe0; lui au d&#xe9;but, ses yeux rieurs me plaisaient bien, mais nos &#xe9;changes s’arr&#xea;taient &#xe0; des bonjour-bonsoir auxquels il ne r&#xe9;pondait pas n&#xe9;cessairement. Et puis, j’ai commenc&#xe9; &#xe0; le voir dans un caf&#xe9; du quartier. Il faisait beau, il &#xe9;tait en terrasse, rien d’exceptionnel. Plus tard, je le vis dans un des autres caf&#xe9;s du quartier, toujours en terrasse. Tr&#xe8;s vite, je me suis rendu compte que cette fr&#xe9;quentation n’avait rien d’inhabituel et qu’il changeait de troquet en fonction du moment de la journ&#xe9;e : le matin orient&#xe9; vers le levant, l’apr&#xe8;s midi vers le ponant. Un vrai tournesol en quelque sorte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;J’ai fait un peu plus attention &#xe0; lui, remarquant que ses sacs de courses contenaient plus de liquides que de solides. Il ne paraissait pas trop tituber pourtant, mais il est vrai que je ne le surveillais pas non plus. Il gardait g&#xe9;n&#xe9;ralement son sourire et ses yeux rieurs, peut-&#xea;tre que je les trouvais juste un peu plus vitreux qu’avant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un jour, ce fut un mini scandale dans l’immeuble : un satyre se baladait &#xe0; poil dans les &#xe9;tages. Ce genre de nouvelles circule avec une rapidit&#xe9; incroyable et j’ai l’impression que j’en avais entendu l’&#xe9;cho avant m&#xea;me de sortir de chez moi. Personne n’avait &#xe9;t&#xe9; physiquement agress&#xe9;, mais tout l’immeuble &#xe9;tait en &#xe9;moi. Au d&#xe9;part, je pensais qu’il s’agissait de quelqu’un d’ext&#xe9;rieur. En fait, il s’agissait bien de ce huiti&#xe8;me nain qui plus que de Grimm semblait sorti de chez Gotlib. Ce dernier vivait seul, mais devait prendre un traitement. Il avait cess&#xe9; de le suivre et avait disjonct&#xe9; en perdant tout contr&#xf4;le de lui-m&#xea;me. A priori il n’&#xe9;tait pas dangereux pour les autres, mais il n’est pas forc&#xe9;ment agr&#xe9;able de rentrer chez soi avec ses enfants et de tomber sur un nain ,fut-il de Blanche-Neige, nu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce doit &#xea;tre &#xe0; ce moment-l&#xe0; qu’il fut &#xe9;loign&#xe9; pour la premi&#xe8;re fois. Je n’y avais pas pris garde &#xe0; l’&#xe9;poque, mais il avait &#xe9;t&#xe9; &#xe9;vacu&#xe9; vers un h&#xf4;pital pour &#xea;tre pris en charge. Je ne m’en &#xe9;tais pas rendu compte car il &#xe9;tait revenu dans son petit studio, reprenant ses habitudes, sans toutefois poursuivre ses exhibitions. Je ne le voyais pas souvent, mais je savais qu’il &#xe9;tait l&#xe0; en voyant le Gardien vider une bombe de d&#xe9;odorant dans le hall en insistant sur sa porte. Amus&#xe9;, j’avais demand&#xe9; ce qu’il faisait. Lui ne riait pas vraiment et semblait &#xe9;nerv&#xe9;. Moi je ne faisais que passer par le hall, une petite discussion, l’attente de l’ascenseur, rien qui m’y maintenait longtemps ; lui, sa porte s’ouvrait sur ce hall et il &#xe9;tait envahi par les effluves naus&#xe9;abonds. C’&#xe9;tait vrai, &#xe7;a renardait s&#xe9;v&#xe8;re. Le Gardien enrageait qu’on ait laiss&#xe9; sortir ce voisin de palier odorant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un matin, l’immeuble &#xe9;tait &#xe0; nouveau en &#xe9;moi. Ce coup-ci, notre homme avait foutu le feu chez lui, apr&#xe8;s avoir fait tomber sa cigarette sur son matelas. Le feu n’avait pas &#xe9;t&#xe9; bien m&#xe9;chant, rapidement ma&#xee;tris&#xe9;, et le pyromane avait &#xe9;t&#xe9; &#xe9;vacu&#xe9; &#xe0; nouveau vers l’h&#xf4;pital. Le gardien se voyait d&#xe9;barrass&#xe9;, avait demand&#xe9; que les serrures soient chang&#xe9;es pour &#xe9;viter qu’il revienne. Il pestait apr&#xe8;s ce type qui b&#xe9;n&#xe9;ficiait d’une aide sociale importante, sup&#xe9;rieure &#xe0; ce qu’il touchait lui qui travaillait r&#xe9;ellement beaucoup dans l’immeuble. Il me d&#xe9;taillait les alcools ingurgit&#xe9;s en me pr&#xe9;cisant que ce n’&#xe9;tait pas avec du bas de gamme que l’animal se saoulait &#xe0; longueur de temps.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Puis il est revenu &#xe0; nouveau. Le store de sa pi&#xe8;ce donnant sur le parking &#xe9;tait de nouveau relev&#xe9; et quand je descendais sur le parking faire faire du v&#xe9;lo &#xe0; mes enfants, je le voyais &#xe0; sa fen&#xea;tre, fumer et boire , puis repartir &#xe0; l’int&#xe9;rieur, s’asseoir &#xe0; sa table pour boire &#xe0; nouveau, avant de revenir se mettre &#xe0; la fen&#xea;tre pour boire encore. Tout en gardant ses yeux rieurs, il buvait et ne paraissait rien voir de ce qui se passait devant lui. Mes bonjours restaient sans r&#xe9;ponse, les passages des enfants devant sa fen&#xea;tre ne le conduisaient pas &#xe0; les suivre des yeux. Il ne voyait rien d’autre que son verre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un matin, en sortant de l’ascenseur, les pompiers &#xe9;taient l&#xe0;, avec une voisine et le gardien. Sa porte &#xe9;tait ouverte, il &#xe9;tait allong&#xe9; sur son lit, cigarette &#xe0; la main. Le sol toujours jonch&#xe9; de cadavres et d’excr&#xe9;ments. Il avait encore mis le feu en oubliant sa plaque &#xe9;lectrique qui chauffait. Il ne se rendait compte de rien et allait &#xea;tre &#xe9;vacu&#xe9; une nouvelle fois vers l’h&#xf4;pital. &#xc0; ce jour, il n’est pas encore revenu, mais je ne serais pas surpris de le revoir &#xe0; nouveau tra&#xee;ner &#xe0; sa fen&#xea;tre &#xe0; boire et fumer. Quand il &#xe9;tait allong&#xe9;, je voyais ses yeux rire. Il &#xe9;tait dans un autre monde, un monde qui ne paraissait pas si d&#xe9;sagr&#xe9;able. Sa vie vue par nous semble glauque, mais de son point de vue, comment est-elle ? Et comment est la n&#xf4;tre ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Mon, 26 Nov 2007 22:20:30 GMT</pubDate></item><item><title>La Gardienne</title><dc:creator>Gilles Aitte</dc:creator><link>http://insula.canalblog.com/archives/2007/11/23/6997644.html</link><comments>http://insula.canalblog.com/archives/2007/11/23/6997644.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://insula.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6997644/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://insula.canalblog.com/archives/2007/11/23/6997644.html</guid><description>&lt;p&gt;La Gardienne n’&#xe9;tait pas sp&#xe9;cialement sexy. Elle semblait s’&#xe9;vertuer &#xe0; ressembler &#xe0; une caricature de gardienne d’immeuble avec sa blouse en nylon &#xe0; fleurs, ses claquettes aux pieds, quand ce n’&#xe9;tait pas des mules chaussons, ses cheveux mal coiff&#xe9;s et ses grosses lunettes en &#xe9;caille. Elle &#xe9;tait parfois second&#xe9;e par son mari qui l’aidait pour tout ce qui &#xe9;tait physique, de la sortie des poubelles aux visites nocturnes aux vieilles qui avaient entendu du bruit. Ils vivaient dans le petit deux pi&#xe8;ces en rez-de-chauss&#xe9;e avec leur fille et elle faisait plut&#xf4;t correctement son travail, m&#xea;me si les vieilles de l’immeuble s’en plaignaient r&#xe9;guli&#xe8;rement, par-derri&#xe8;re bien &#xe9;videmment.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La Gardienne avait &#xe9;t&#xe9; autrefois une simple r&#xe9;sidente de l’immeuble, avant que nous y emm&#xe9;nagions. Elle avait fait quelques fois l’int&#xe9;rim du gardien en titre, puis, avec son mari, ils avaient achet&#xe9; un pavillon &#xe0; quelques kilom&#xe8;tres de l&#xe0;. Le pavillon, sans doute l’accomplissement d’un r&#xea;ve. Le syndic cherchait un nouveau gardien, avait du mal &#xe0; en trouver un, il s’&#xe9;tait tourn&#xe9; vers cette femme qui &#xe9;tait sans emploi. Ils &#xe9;taient venus vivre dans un petit deux-pi&#xe8;ces pour n’occuper le pavillon que le week-end. Ils sont nombreux les travailleurs qui ne vivent pas chez eux la semaine, mais plus rares lorsque leur chez eux n’est qu’&#xe0; une dizaine de minutes en voiture.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La Gardienne paraissait dans son &#xe9;l&#xe9;ment &#xe0; discuter du temps qu’il fait, des probl&#xe8;mes du quartier, des enfants qui grandissent. Elle rendait de menus services, gardait les colis. Elle avait m&#xea;me gard&#xe9; notre fille un soir parce que sa fille nous avait fait faux bond au dernier moment. Les discussions ne menaient pas forc&#xe9;ment tr&#xe8;s loin, mais on n’attend pas forc&#xe9;ment de refaire le monde &#xe0; chaque fois qu’on parle avec quelqu’un. Ces banalit&#xe9;s avaient quelque chose de rituellement rassurant. Une fois, je passais devant sa fen&#xea;tre et, rompant avec toutes les habitudes, la gardienne et son mari m’avaient apostroph&#xe9;. J’&#xe9;tais surpris, c’&#xe9;tait la premi&#xe8;re fois qu’ils m’abordaient ainsi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;— On vous a vu hier &#xe0; la t&#xe9;l&#xe9; ! &#xbb;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien s&#xfb;r, j’&#xe9;tais pass&#xe9; la veille sur TF1 pour rendre service &#xe0; un coll&#xe8;gue et jouer &#xe0; l’expert dans une &#xe9;mission palpitante, Plein les yeux. Je n’avais pas eu droit &#xe0; une remarque quand l’&#xe9;quipe de tournage &#xe9;tait venue &#xe0; la maison, par contre, le passage t&#xe9;l&#xe9;, sur TF1 &#xe9;tait immanquable. J’avais souri et avant que je puisse vraiment r&#xe9;pondre, la question suivante arrivait : &lt;/p&gt;&lt;p&gt;— Mais, vous travaillez &#xe0; la t&#xe9;l&#xe9; ? &#xbb;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je changeais de statut &#xe0; leurs yeux. J’ai &#xe9;t&#xe9; oblig&#xe9; d’expliquer que le titre, usurp&#xe9;, de chercheur au CNRS qui &#xe9;tait &#xe9;crit sous mon nom ne correspondait pas &#xe0; un emploi de chez TF1, mais je n’ai pas &#xe9;t&#xe9; persuad&#xe9; que la nuance soit bien pass&#xe9;e…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La vie aurait pu continuer ainsi tranquillement, la fille de la Gardienne serait devenue adulte laissant ses parents dans le deux-pi&#xe8;ces la semaine, le pavillon le week-end, la Gardienne aurait perdu de sa stature en se vo&#xfb;tant sous le poids de ses t&#xe2;ches m&#xe9;nag&#xe8;res. Mais un jour, le mari de la gardienne s’est fait plus rare. Cela faisait d&#xe9;j&#xe0; un moment qu’il paraissait moins souriant, mais comme je ne passais plus &#xe0; la t&#xe9;l&#xe9;, nos sujets de conversations avaient diminu&#xe9;. On le voyait surtout le samedi pour sortir les poubelles, les plus nombreuses et les plus lourdes, celles du tri s&#xe9;lectif, verre ou papier selon les semaines, emballages &#xe0; chaque fois. Bien s&#xfb;r, qui serait rest&#xe9; avec une femme si peu sexy alors qu’il travaillait chez EDF et devait avoir l’occasion de croiser des femmes esseul&#xe9;es en journ&#xe9;e, sc&#xe9;nario r&#xe9;current de porno cheap…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sauf que, c’est la Gardienne qui avait un amant… D’o&#xf9; le sortait-elle en &#xe9;tant scotch&#xe9;e dans son deux-pi&#xe8;ces la semaine, avec son mari dans le pavillon le week-end ? Qui avait-elle s&#xe9;duit en trimant sous sa blouse ? Toujours &#xe9;tait-il que la s&#xe9;paration &#xe9;tait in&#xe9;vitable et qu’elle ne fut pas &#xe9;vit&#xe9;e. La Gardienne en attendant se m&#xe9;tamorphosait, elle faisait plus attention &#xe0; sa tenue, mettait moins souvent sa blouse, se coiffait, avait chang&#xe9; de lunettes… Plein de signes dont certains, r&#xe9;trospectivement, auraient pu &#xea;tre relev&#xe9;s avant. Elle n’&#xe9;tait plus bignole, elle devenait femme : elle &#xe9;tait amoureuse, &#xe7;a se voyait.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D&#xe8;s lors, elle ne pouvait rester longtemps la gardienne. Le syndic voulait bien d’une femme, mais &#xe0; condition qu’elle soit en couple pour assumer les travaux les plus physiques. Et si le mari acceptait de vivre dans le deux-pi&#xe8;ces et renon&#xe7;ait &#xe0; la jouissance du pavillon, l’amant ne semblait pas avoir envie de se glisser totalement &#xe0; sa place. La Gardienne est partie refaire sa vie, &#xe0; moins que ce ne soit pour la commencer, sur la C&#xf4;te d’Azur, d&#xe9;barrass&#xe9;e de sa blouse sans doute, mais &#xe7;a, c’est une autre histoire…&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Fri, 23 Nov 2007 22:43:13 GMT</pubDate></item><item><title>Le Junkie</title><dc:creator>Gilles Aitte</dc:creator><link>http://insula.canalblog.com/archives/2007/11/20/6951829.html</link><comments>http://insula.canalblog.com/archives/2007/11/20/6951829.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://insula.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6951829/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://insula.canalblog.com/archives/2007/11/20/6951829.html</guid><description>&lt;p&gt;Le Junkie &#xe9;tait d&#xe9;j&#xe0; mort quand on est arriv&#xe9;s dans l’immeuble. Il avait &#xe9;t&#xe9; d&#xe9;couvert par l’Infirmier l’&#xe9;t&#xe9; pr&#xe9;c&#xe9;dant notre emm&#xe9;nagement, &#xe0; notre &#xe9;tage, victime d’une OD. C’&#xe9;tait une des premi&#xe8;res choses que l’Infirmier nous avait dites lorsque nous &#xe9;tions arriv&#xe9;s. L’immeuble &#xe9;tait, est toujours d’ailleurs, le dernier du quartier &#xe0; ne pas avoir de digicode en permanence, &#xe0; cause des m&#xe9;decins qui œuvrent sur place. Le quartier &#xe9;tant passant, anim&#xe9;, il arrive que des types qui viennent squatter les escaliers.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le Junkie est mort et aurait pu rester un simple souvenir, une histoire que les plus anciens du b&#xe2;timent se transmettent en attendant que sa m&#xe9;moire s’estompe &#xe0; jamais. Qui se soucie d’un junkie qui claque seul sur les marches d’un escalier quand le pays a largement migr&#xe9; vers les plages et autres lieux de vill&#xe9;giature ? Une vieille femme, sa grand-m&#xe8;re s’en souciait. Chaque ann&#xe9;e, discr&#xe8;tement, elle venait fleurir le palier, en souvenir de celui dont personne ne conna&#xee;t le nom, comme certains viennent d&#xe9;poser des bouquets devant un arbre sur une route meurtri&#xe8;re. Elle sauvait ce jeune homme de l’oubli g&#xe9;n&#xe9;ral.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Depuis deux ans, la grand-m&#xe8;re n’est plus revenue. Le Junkie va d&#xe9;finitivement dispara&#xee;tre de l’immeuble.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 20 Nov 2007 07:59:34 GMT</pubDate></item><item><title>Antoine</title><dc:creator>Gilles Aitte</dc:creator><link>http://insula.canalblog.com/archives/2007/11/18/6934377.html</link><comments>http://insula.canalblog.com/archives/2007/11/18/6934377.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://insula.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6934377/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://insula.canalblog.com/archives/2007/11/18/6934377.html</guid><description>&lt;p&gt;Antoine ne s’appelait pas vraiment Antoine. Ou peut-&#xea;tre que si apr&#xe8;s tout puisque je n’ai jamais connu son nom. Toujours est-il que ce pr&#xe9;nom lui va bien, en r&#xe9;f&#xe9;rence au chanteur. Antoine n’habitait m&#xea;me pas dans mon immeuble, il y travaillait seulement. Il y a des entreprises, des services, de nombreux m&#xe9;decins dans mon immeuble, pas que des r&#xe9;sidents.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avec Antoine, on se croisait surtout dans le parking en sous-sol. Il avait de ces yeux rieurs, toujours p&#xe9;tillants, et savait prendre le temps de discuter un peu dans le hall, devant les ascenseurs, devant la voiture. Au d&#xe9;but, nous ne nous &#xe9;changions que des bonjours de convenance, mais tr&#xe8;s vite ces petits signes de convivialit&#xe9; devinrent plus chaleureux, moins formels. Il faut dire, que c’&#xe9;tait quelqu’un de tr&#xe8;s peu formel et que cette &#xe9;volution fut tr&#xe8;s naturelle. Il garait sa vieille Peugeot blanche et, arrivant g&#xe9;n&#xe9;ralement en retard, il filait vers l’ascenseur, sans pour autant renoncer &#xe0; prendre le temps pour parler un peu, pour plaisanter avec la gardienne. J’aimais bien quand ma journ&#xe9;e d&#xe9;marrait en croisant sa moustache.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il travaillait dans une soci&#xe9;t&#xe9; qui tenait des fichiers, des fichiers en tout genre qui &#xe9;taient revendus &#xe0; des soci&#xe9;t&#xe9;s qui exploitaient ces fichiers. Ce n’&#xe9;tait pas son travail qui le motivait r&#xe9;ellement. Il ne s’en d&#xe9;sint&#xe9;ressait pas, mais sa vie n’&#xe9;tait pas l&#xe0; et c’est sans doute ce que j’appr&#xe9;ciais chez lui, ce sentiment de croiser quelqu’un qui aimait profiter des plaisirs qu’offre la vie. C’est donc sans regret qu’il a vu sa bo&#xee;te, entreprise familiale au d&#xe9;part, rachet&#xe9;e par un groupe d’investisseurs anglo-saxons. Il a pu en profiter pour se faire licencier.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un licenciement n’est pas toujours per&#xe7;u de fa&#xe7;on positive, mais pour Antoine, c’&#xe9;tait n&#xe9;goci&#xe9;. Il allait pouvoir se consacrer &#xe0; ce qui l’int&#xe9;ressait vraiment. Il pouvait attendre sa retraite officielle avec ses indemnit&#xe9;s de licenciement et partir voyager. Voyager, en Am&#xe9;rique latine, c’&#xe9;tait l&#xe0; sa vraie vie, pas dans les fichiers qu’il cr&#xe9;ait pour qu’on re&#xe7;oive dans nos bo&#xee;tes des publicit&#xe9;s cibl&#xe9;es ou pour tout autre usage. C’&#xe9;tait avec gourmandise qu’il m’avait annonc&#xe9; la fin de sa vie professionnelle, d’autant plus savoureuse qu’elle &#xe9;tait anticip&#xe9;e.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’&#xe9;volution de son m&#xe9;tier ne lui plaisait pas, mais tant qu’il travaillait pour un petit patron, il tenait le coup. L’id&#xe9;e de passer sous la coupe d’un groupe le d&#xe9;rangeait fortement. Il &#xe9;tait donc doublement satisfait de partir. Sa seule contrari&#xe9;t&#xe9; &#xe9;tait sa coll&#xe8;gue. Elle &#xe9;tait encore jeune, plus que lui du moins, et elle ne pouvait s’en sortir comme lui. De la laisser seule face aux Anglo-saxons qui ne parlaient que de profits, de retour sur investissement le chagrinait un peu. Quelque part, il avait la sensation de l’abandonner. Elle allait forc&#xe9;ment beaucoup perdre en le perdant lui aussi. J’imaginais ce que &#xe7;a devait &#xea;tre de travailler avec lui, dans une ambiance d&#xe9;tendue, en relativisant les contraintes qui peuvent na&#xee;tre du monde du travail.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cela fait quelques ann&#xe9;es maintenant qu’Antoine est parti. Depuis la bo&#xee;te a d&#xe9;m&#xe9;nag&#xe9; je ne sais o&#xf9;. Je l’imagine arpentant des contr&#xe9;es lointaines, discutant en espagnol de tout et de rien comme on le faisait ici. De tout, sauf de fichiers. Je l’imagine, chemise hawa&#xef;enne ouverte, &#xe0; l’aventure go&#xfb;tant sa libert&#xe9; retrouv&#xe9;e loin de chez moi.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sun, 18 Nov 2007 18:40:56 GMT</pubDate></item></channel></rss>